C'est l'une des mesures fiscales les plus attendues du secteur numérique : depuis le 1er janvier 2026, avec effet rétroactif, les revenus de droits d'auteur liés aux programmes informatiques et bases de données peuvent à nouveau bénéficier du régime fiscal de faveur. Codes, scripts, modules logiciels, documentations techniques : tout cela peut, sous conditions, redevenir une œuvre créative aux yeux du fisc.
Le régime en bref : 15 % au lieu de 30 %
Les droits d'auteur sont considérés comme des revenus mobiliers jusqu'à un plafond annuel indexé chaque année et taxés à un taux uniforme de 15 %, contre 30 % pour les revenus mobiliers ordinaires — et bien moins que les taux progressifs de l'IPP qui frappent une rémunération classique. Pour un dirigeant ou un salarié du secteur IT, la différence sur la rémunération nette est substantielle.
Pour rappel, la création de programmes d'ordinateur avait été exclue du régime au 1er janvier 2023, mettant fin à une pratique répandue dans le secteur. L'article 17, § 1er, 5° du CIR 92 a été adapté pour réintégrer ces activités à compter des revenus payés ou attribués depuis le 1er janvier 2026.
Les conditions à respecter
Le retour du secteur IT ne dispense pas des conditions générales du régime — et c'est là que beaucoup de montages échouent :
- L'œuvre doit être originale, témoigner d'un effort intellectuel et porter l'empreinte personnelle de son créateur
- Les revenus doivent provenir d'une cession ou d'une licence des droits par le créateur originaire (pas d'une cession en cascade)
- La cession doit viser une exploitation effective de l'œuvre (communication au public, exécution publique ou reproduction) ; pour les logiciels, le Service des décisions anticipées examine chaque dossier individuellement et rappelle qu'il n'existe aucun automatisme sectoriel
- Le bénéficiaire doit être une personne physique — le régime s'applique typiquement au dirigeant ou au salarié qui cède ses droits à la société
- Une documentation rigoureuse du caractère créatif de l'œuvre est indispensable en cas de contrôle
Notre conseil : sécurisez avant d'appliquer
La pratique de l'administration n'est pas encore univoque, notamment pour les logiciels à usage interne. La voie la plus sûre reste la décision anticipée (ruling), qui fige votre sécurité juridique avant de mettre en place la rémunération en droits d'auteur. Un montage mal documenté, une convention de cession bâclée ou une valorisation excessive exposent à un redressement — avec effet rétroactif, lui aussi.
Vous dirigez une société active dans le développement, l'informatique ou le numérique en Wallonie ? Nous analysons votre situation, rédigeons les conventions de cession et, si nécessaire, introduisons la demande de ruling. Parlons-en lors d'un premier rendez-vous gratuit.
Le revers de la médaille : la fin des frais forfaitaires
L'économie du régime change aussi pour tout le monde : depuis les revenus 2026 (loi-programme publiée le 1er juin 2026), la déduction forfaitaire de frais sur les droits d'auteur est réservée aux titulaires d'une attestation du travail des arts. Les autres auteurs, développeurs compris, ne peuvent plus déduire que leurs frais réels, exposés et justifiés.
Concrètement, le précompte de 15 % s'applique désormais à une base plus large qu'avant : l'avantage net du régime reste réel, mais il est sensiblement moins généreux que celui qu'ont connu les développeurs avant 2023. Toute simulation faite sur les anciennes règles doit être refaite — c'est précisément ce que nous vérifions avant de structurer une rémunération en droits d'auteur. Chiffres à jour au 5 octobre 2026.

À propos de l'auteur
Philippe Lurquin
Fondateur de Partners Tax & Legal, Philippe Lurquin est expert-comptable et conseiller fiscal certifié ITAA, titulaire d'un DESS en Sciences Fiscales. Il conseille principalement les chefs d'entreprise sur l'optimisation de leur rémunération, la planification successorale et les restructurations fiscales complexes. Spécialiste des holdings, de la réserve de liquidation et du régime VVPRbis, il intervient sur des dossiers multi-entités à fort enjeu fiscal. Sa double approche, comptable et juridique, lui permet de proposer des solutions globales, légales et pérennes. Il publie dans l'ITAAzine, la revue de l'Institut des Conseillers fiscaux et des Experts-comptables, notamment une analyse sur les droits et limites de l'administration lors d'un contrôle fiscal portant sur les fichiers informatiques.
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